Chaque année, à l’approche de l’Aïd el-Fitr, de Yom Kippour, de la Pâque orthodoxe ou de Vesak, des familles hésitent : leur enfant peut-il être absent pour ces célébrations religieuses ? La réponse est oui, selon un cadre précis défini par le Code de l’éducation, une circulaire de 2004 et une décision du Conseil d’État. Voici les fêtes visées, la démarche à suivre et les refus que l’établissement peut opposer.
Le point de départ repose sur le devoir de présence. Conformément à l’article L131-8 du Code de l’éducation, les parents doivent informer sans délai le directeur ou le chef d’établissement de la raison de chaque absence. Ce texte énumère également les seuls motifs "réputés légitimes" : maladie de l’enfant, maladie contagieuse touchant un membre de la famille, réunion solennelle de famille, difficulté accidentelle des communications, absence temporaire des parents lorsque l’enfant les accompagne. La fête religieuse n’y figure pas. Elle relève des "autres motifs", évalués par l’Éducation nationale.
Le 14 avril 1995, le Conseil d’État a statué par deux décisions rendues ce jour-là (Koen et Consistoire central des israélites de France). Il a établi que l’obligation d’assiduité n’empêche pas un élève de demander individuellement une autorisation d’absence pour pratiquer un culte ou célébrer une fête religieuse, sous réserve que ces absences demeurent compatibles avec les études et avec l’ordre public de l’établissement. Dans cette même affaire, il a validé le rejet d’une demande de dispense de cours tous les samedis pour un élève.
La circulaire du 18 mai 2004 sur la laïcité à l’école a repris cette logique. Elle indique que des autorisations d’absence "doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé". Elle précise également que les demandes systématiques ou prolongées doivent être refusées si elles sont incompatibles avec l’organisation de la scolarité.
Le texte de 2004 renvoie à une liste de grandes fêtes dont l’Éducation nationale communique les dates chaque année. Pour l’année scolaire 2026-2027, le calendrier de l’académie de Paris en retient treize :
Aucune célébration catholique ou protestante ne figure ici. Les principales coïncident avec un dimanche, un jour férié (lundi de Pâques, Ascension, Assomption, Toussaint, Noël) ou les vacances scolaires : l’absence ne pose donc pas de question. Le détail, religion par religion, est disponible sur notre page consacrée aux fêtes religieuses et à l’école.
Une demande d’absence ne prend sens que lorsque la fête coïncide avec une journée de classe. De nombreuses fêtes de 2026-2027 se situent un week-end, un jour férié ou pendant les vacances :
Les jours des fêtes musulmanes varient selon l’observation du croissant lunaire et peuvent se décaler d’une journée : c’est la raison pour laquelle deux dates sont proposées. Les précisions par zone ainsi que les autres fêtes de l’année se trouvent sur la page fêtes religieuses 2026-2027.
Le calendrier islamique crée une difficulté spécifique : la date précise de l’Aïd el-Fitr ou de l’Aïd el-Adha n’est confirmée que la veille au soir, après l’observation du croissant lunaire. La solution la plus simple consiste à déposer la demande à l’avance en indiquant les deux dates possibles, puis à confirmer le jour retenu dès l’annonce officielle. L’établissement peut alors s’organiser, et l’élève ne manque qu’une seule journée.
Aucun document national n’est prévu. La procédure passe par le circuit scolaire classique : mot dans le cahier de liaison pour le primaire, carnet de correspondance ou messagerie de l’ENT pour le collège et le lycée. Quelques habitudes aident à obtenir l’accord :
Une demande écrite laisse une trace précieuse : elle justifie l’absence et empêche qu’elle soit comptée comme une absence injustifiée.
Ce n’est pas automatique. La circulaire utilise l’expression "doivent pouvoir être accordées" : l’autorisation constitue la norme pour les grandes fêtes, mais demeure individuelle et évaluée au cas par cas. Le directeur ou le chef d’établissement s’assure que l’absence reste compatible avec les études de l’élève.
Une demande ponctuelle visant une fête de la liste, déposée à l’avance, s’inscrit pleinement dans le cadre défini par la circulaire. À l’inverse, trois situations peuvent justifier un refus : des absences répétées chaque semaine (affaire tranchée par le Conseil d’État en 1995), une absence prolongée bien au-delà de la fête, ou une demande qui tombe le jour d’une épreuve que l’élève ne pourra pas rattraper. En cas de désaccord, engager le dialogue avec l’établissement reste la première démarche. Les services départementaux de l’Éducation nationale peuvent ensuite être sollicités.
Une fête non répertoriée n’est pas écartée pour autant : la liste sert de référence, et toute autre demande est évaluée selon les mêmes critères.
Une absence autorisée pour une fête religieuse constitue une absence justifiée. Elle n’active pas le mécanisme prévu à l’article L131-8, applicable à l’élève qui manque la classe sans motif légitime ni excuse valable pendant au moins quatre demi-journées dans le mois. Elle n’exonère pas pour autant l’élève de combler son retard : rattraper les leçons, les devoirs et, si l’enseignant le prévoit, repasser un contrôle manqué.
La circulaire de 2004 engage également l’institution : l’école et l’université sont tenues de prendre les mesures nécessaires afin qu’aucun examen ni épreuve importante n’ait lieu le jour de ces grandes fêtes religieuses. Quand un examen blanc ou un devoir commun est fixé un jour de fête, il convient de le signaler dès l’annonce de la date.
Une circulaire du 10 février 2012 permet aux agents de la fonction publique de demander une autorisation d’absence pour les principales fêtes religieuses, accordée si les nécessités du service le permettent. Dans le secteur privé, le Code du travail ne prévoit pas d’autorisation équivalente : le recours à un jour de congé ou à un accord avec l’employeur reste la solution habituelle, à défaut d’une convention collective plus favorable.
De nombreuses fêtes religieuses tombent en dehors du temps scolaire. Pour l’année 2026-2027, Roch Hachana se situe un week-end, l’Aïd el-Adha un dimanche ou le lundi de Pentecôte, tandis qu’Al Mawlid Ennabi a lieu pendant les vacances d’été. Avant toute demande, il suffit de consulter la date et la zone sur le calendrier des fêtes religieuses et de l’école, qui précise pour chaque fête si les élèves ont cours ou sont en vacances dans les zones A, B et C.