Un groupe de quatre adolescents reçoit un devoir : réaliser une vidéo éducative sur la Révolution française. Déjà qu’on a du mal à les imaginer faire leurs devoirs, je sais… Mais ajoutez le mot « vidéo » à l’équation, et voilà que la mission devient tout de suite plus intéressante. Ils décident donc de se lancer.
Les projets vidéo permettent aux élèves d’acquérir des compétences qui dépassent largement le sujet étudié : recherche, communication, négociation, sens des responsabilités, diplomatie… Et la partie technique n’a pas besoin d’être intimidante.
Avec Clideo, les élèves peuvent creer une video directement dans leur navigateur, en combinant séquences filmées, images, sons, sous-titres et autres éléments, sans avoir à maîtriser un logiciel de montage professionnel complexe.
Les travaux de groupe ont une réputation plutôt malheureuse, et ce n’est pas sans raison. Le principe de Pareto se porte toujours aussi bien. Si vous ne le connaissez pas, voici l’idée en quelques mots : bien souvent, 20 % des participants finissent par réaliser 80 % du travail. Un élève prend les commandes, deux autres suivent avec enthousiasme, et le quatrième ne sait pas vraiment ce qui se passe.
Les projets vidéo ne règlent pas miraculeusement ce problème. En revanche, ils offrent davantage de possibilités de répartir les responsabilités selon les aptitudes et les centres d’intérêt de chacun. On se rapproche ainsi de l’objectif : que chaque participant ait AU MOINS un rôle à jouer et une part de responsabilité dans le résultat final.
Et comme nous l’avons déjà évoqué, la réalisation d’une vidéo implique plusieurs fonctions bien distinctes.
Ces rôles sont réellement différents, et chacun contribue au résultat final.
D’ailleurs, cette approche fonctionne dans de nombreuses disciplines : biologie, langues étrangères, histoire, géographie et bien d’autres.
Mais l’un des aspects les plus importants est peut-être ailleurs. Les projets vidéo constituent un excellent exercice de gestion des désaccords. Car des désaccords, il y en AURA, même si les élèves s’entendent à merveille.
L’un des obstacles évidents aux devoirs vidéo reste le logiciel. Est-ce une complication supplémentaire ou un véritable coup de pouce ? Je pencherais plutôt pour la seconde option. D’autant que les élèves n’ont pas besoin d’équipement coûteux ni de plusieurs semaines de formation technique pour réaliser un bon projet scolaire.
Toutes ces opérations font intervenir des notions techniques qui méritent d’être comprises : le rythme, les transitions entre les idées, la hiérarchie visuelle, la clarté sonore ou encore l’équilibre entre la narration et l’image.
Les élèves peuvent également expérimenter le rythme du montage. Sur le papier, une explication de trente secondes peut sembler parfaitement raisonnable. Mais une fois prononcée à voix haute, elle risque de paraître interminable. À l’inverse, une séquence particulièrement riche en informations peut nécessiter quelques pauses supplémentaires pour laisser au spectateur le temps d’assimiler ce qu’il vient d’entendre.
Il faut néanmoins tenir compte de certaines contraintes pratiques. La version gratuite de Clideo comporte des restrictions et permet notamment d’exporter des vidéos avec un filigrane. La sauvegarde des projets pour reprendre le montage ultérieurement fait partie des fonctionnalités payantes. Les enseignants devraient donc vérifier ces conditions avant de donner un devoir et s’assurer que les élèves disposent de moyens adaptés pour utiliser les outils.
La plupart des adolescents n’ont pas besoin qu’on leur présente le format vidéo court. Ils le connaissent déjà très bien grâce aux réseaux sociaux, qu’il s’agisse de YouTube Shorts, d’Instagram Reels ou de TikTok.
Mais regarder des vidéos et comprendre comment elles transmettent des informations sont deux choses bien différentes.
Un élève peut reconnaître une introduction particulièrement accrocheuse sans savoir comment en écrire une. Il peut apprécier un montage dynamique sans réfléchir à toutes les informations qui ont été supprimées au cours du processus.
Un devoir scolaire permet de transformer ces codes familiers en objets d’analyse et de réflexion.
Les élèves pourraient, par exemple, réaliser deux versions d’une même présentation historique : l’une dramatique, avec des coupes rapides et une musique pleine de suspense, l’autre plus sobre, dans un style documentaire. Les faits présentés resteraient identiques, mais l’expérience du spectateur serait très différente.
Voilà de quoi ouvrir une discussion sur la responsabilité éditoriale. Une musique de fond peut-elle rendre inquiétante une déclaration parfaitement banale ? Supprimer une partie d’une interview peut-il en modifier le sens ? À partir de quel moment une présentation divertissante devient-elle trompeuse ?
Ces questions sont particulièrement pertinentes dans un environnement où les vidéos manipulées, les légendes trompeuses et les contenus générés par l’intelligence artificielle circulent aux côtés d’informations journalistiques légitimes.
En France, la production médiatique fait déjà partie des pratiques éducatives reconnues. Le cadre de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) du ministère de l’Éducation nationale encourage les élèves à développer leur esprit critique grâce à l’analyse et à la production de contenus médiatiques.
Le concours Médiatiks, organisé par le CLEMI, accueille également des productions réalisées par des élèves, notamment des reportages vidéo et des projets de webtélé scolaire.
Un devoir vidéo peut donc faire bien davantage que familiariser les élèves avec un logiciel de montage. Il peut les aider à devenir des spectateurs plus réfléchis et plus critiques.
Bien entendu, créer du contenu médiatique implique aussi certaines responsabilités. Les élèves doivent penser aux droits d’auteur lorsqu’ils choisissent des musiques ou des images, obtenir les autorisations nécessaires avant de filmer ou de publier des images permettant d’identifier leurs camarades, et vérifier les informations avant de les présenter comme des faits établis.
Une fois qu’on a compris comment publier une vidéo, ce n’est franchement pas bien compliqué. Savoir quoi publier, et pourquoi, demande beaucoup plus de réflexion.