Le 8 mai marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. La date est gravée dans tous les calendriers, et pourtant son histoire administrative française est mouvementée : férié, supprimé, déplacé, puis rétabli. Voici comment la Victoire de 1945 est devenue ce jour de mémoire que l'on connaît aujourd'hui.
Le 8 mai 2026 tombe un vendredi, et ouvre potentiellement un week-end de quatre jours quand on l'accole à l'Ascension du 14 mai. Pour vérifier les dates précises et les calculer pour les années suivantes, la page 8 mai - Victoire des Alliés 1945 recense toutes les occurrences jusqu'en 2040.
La capitulation allemande est paraphée le 7 mai 1945 à 2h41 du matin, dans une salle de cours d'un collège technique de Reims devenu quartier général d'Eisenhower. Le général Alfred Jodl signe au nom de l'Allemagne nazie. Les combats doivent cesser le lendemain à 23h01.
Staline refuse cette signature. Pour le maître du Kremlin, la victoire ne peut se conclure qu'à Berlin, ville prise par l'Armée rouge au prix de plus de 80 000 morts soviétiques. Une seconde cérémonie s'organise donc à Berlin-Karlshorst dans la nuit du 8 au 9 mai. Le maréchal Wilhelm Keitel y signe l'acte définitif face au maréchal Joukov, en présence du général français Jean de Lattre de Tassigny, dont la délégation a failli ne pas être admise dans la salle.
Cette double signature explique la divergence des dates de commémoration : 8 mai en France et en Europe occidentale, 9 mai en Russie et dans plusieurs États de l'ex-URSS. Le décalage horaire fait basculer minuit côté soviétique au moment où l'acte est paraphé.
Le 8 mai 1945 à 15 heures, Charles de Gaulle s'adresse aux Français à la radio depuis Paris. Le message est court, deux minutes à peine. La phrase qui reste : « La guerre est gagnée. Voici la victoire. C'est la victoire des Nations Unies et c'est la victoire de la France. »
Au même moment, Winston Churchill prend la parole à Londres et Harry Truman à Washington. Les cloches sonnent dans toute la France libérée, parfois en concurrence avec les sirènes qui annoncent encore des poches résistantes en Bretagne, à La Rochelle ou à Lorient. Plusieurs garnisons allemandes ne déposent les armes qu'au cours des heures suivantes.
La fête est immense, mais courte. La France compte alors plus de 600 000 morts militaires et civils, deux millions de prisonniers à rapatrier, des villes entières à reconstruire et un PIB amputé de moitié par rapport à 1939. La Libération concrète prendra des années.
Pendant huit ans, le 8 mai n'est pas férié au sens légal. Les commémorations existent mais restent municipales ou militaires. Il faut attendre la loi du 20 mars 1953, dite loi Mignot, pour que l'Assemblée nationale fixe le 8 mai comme jour férié et chômé en hommage à la victoire alliée.
Le débat parlementaire de l'époque est vif. Certains élus estiment qu'un nouveau jour férié pèsera sur la production industrielle, encore convalescente. D'autres rappellent qu'on ne peut décemment pas oublier des morts dont les corps reviennent encore d'Allemagne par convois. La loi passe à une large majorité.
Six ans plus tard, le décret du 11 avril 1959 change la donne. De Gaulle, revenu au pouvoir l'année précédente, supprime le caractère férié du 8 mai. La cérémonie est reportée au deuxième dimanche de mai. Le motif officiel tient à la réconciliation franco-allemande engagée avec la signature du Traité de l'Élysée en préparation, qui sera scellé en 1963 avec Konrad Adenauer.
L'argument économique pèse aussi : la France de la Ve République sort d'une crise budgétaire et veut consolider sa monnaie. Un jour férié de moins, c'est un jour ouvré de plus.
Les associations d'anciens combattants protestent vivement. François Mauriac écrit dans son Bloc-notes que « la France ne peut pas se permettre d'oublier ses morts pour épargner ses livres de comptes ». La FNACA et l'UNC organisent des manifestations chaque année, sans obtenir gain de cause.
En septembre 1975, Valéry Giscard d'Estaing décide de supprimer purement et simplement la commémoration officielle du 8 mai. L'objectif affiché reste le même : tourner la page de la guerre, faire de l'Europe une affaire de paix et non de revanche. Le président propose à la place une Journée de l'Europe le 9 mai, en référence à la déclaration Schuman de 1950.
La décision est mal accueillie. Sondage après sondage, les Français se prononcent pour le maintien d'une commémoration spécifique. Les associations de mémoire intensifient leur lobbying. Giscard cède partiellement en 1978 et autorise les cérémonies locales, mais sans rétablir le caractère férié.
Le retour du 8 mai au calendrier des jours fériés français figurait dans les 110 propositions de François Mitterrand pendant la campagne présidentielle de 1981. Le candidat socialiste l'avait promis à plusieurs reprises devant les associations de combattants.
Élu le 10 mai, Mitterrand tient parole. La loi du 23 septembre 1981 rétablit le 8 mai comme jour férié, chômé et payé. Le texte précise que la France doit honorer la mémoire des morts pour la liberté, sans que cette mémoire ne contredise l'amitié franco-allemande qui s'est construite depuis. Helmut Schmidt, alors chancelier, ne formule aucune objection publique.
Depuis cette date, le statut du 8 mai n'a plus bougé. Il fait partie des onze jours fériés métropolitains, au même titre que le 1er mai, le 14 juillet ou le 11 novembre. Il est aussi férié en Outre-Mer et en Alsace-Moselle.
Chaque 8 mai, le Président de la République remonte les Champs-Élysées et ravive la Flamme du Souvenir sur la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe. La gerbe déposée porte généralement les couleurs tricolores, accompagnées d'un ruban frappé du sceau de la République.
Le protocole prévoit la présence des présidents des deux assemblées, du Premier ministre, du chef d'état-major des armées et de plusieurs représentants d'associations d'anciens combattants. La Marche funèbre de Chopin précède la sonnerie aux morts, suivie d'une minute de silence et de la Marseillaise.
Dans les communes, le rituel suit le même schéma autour du monument aux morts : appel des « Morts pour la France », gerbes des élus locaux et des associations, allocution préfectorale lisant le message du président. Plusieurs villes y ajoutent des reconstitutions historiques ou des expositions photographiques tirées des archives municipales.
Le 8 mai 2026 tombe un vendredi. Pour les salariés du privé qui peuvent poser des congés, la combinaison avec le jeudi 14 mai (Ascension) ouvre la possibilité de ponts intéressants. Beaucoup d'entreprises ferment d'ailleurs entre les deux dates.
Les années suivantes voient le 8 mai tomber un samedi en 2027, un lundi en 2028 (week-end de trois jours automatique), un mardi en 2029, un mercredi en 2030. Pour préparer ses congés à l'avance ou simplement vérifier comment tombent les jours fériés, la page jours fériés du 8 mai propose la liste complète jusqu'en 2040 et un calculateur pour les années au-delà.
Au-delà du calendrier, le 8 mai garde son sens : commémorer ceux qui ont combattu, rappeler à quel point la paix européenne est jeune, et continuer à transmettre cette histoire aux générations qui n'ont pas connu la guerre.