C'est un dossier très attendu — et qui avait même coûté son poste à l'ex-ministre de l'Éducation. Le mercredi 18 mars 2026, le gouvernement de la Polynésie française a adopté un arrêté fixant le calendrier scolaire triennal pour les années 2026-2027, 2027-2028 et 2028-2029. Visibilité pour les familles, ajustements climatiques, Jeux du Pacifique… et déjà une première polémique autour de la Hawaiki Nui Va'a.
Le dossier du calendrier triennal n'est pas nouveau. Depuis plusieurs mois, enseignants et familles polynésiennes réclamaient de la visibilité sur les années à venir. Le retard de publication avait même été reproché directement à Ronny Teriipaia, l'ancien ministre de l'Éducation évincé du gouvernement début février. Un mois seulement après sa prise de poste, sa successeure Samantha Bonet-Tirao a donc présenté cet arrêté en conseil des ministres le 18 mars 2026 — un signal fort de réactivité.
Conformément à la Charte de l'éducation polynésienne, le calendrier scolaire est arrêté pour une période de trois ans, après consultation du Haut Comité de l'Éducation, "afin d'apporter visibilité et stabilité aux familles, aux élèves et aux personnels". En Polynésie française, cette stabilité est particulièrement précieuse : la dispersion géographique des archipels, la situation des élèves internes originaires des îles éloignées, l'organisation des transports inter-îles et les conditions climatiques rendent toute modification de calendrier beaucoup plus complexe qu'en métropole.
Les principes pédagogiques restent inchangés : 36 semaines d'enseignement par an, une alternance régulière entre travail et repos, des périodes d'enseignement d'environ cinq semaines, et un calendrier unique de la maternelle au lycée.
L'année scolaire en cours est maintenue sans modification. Le gouvernement a fait le choix de la continuité pour permettre une information progressive des familles et poursuivre la concertation avec les représentants de la communauté éducative avant d'introduire les changements prévus. C'est une décision logique dans un territoire où toute réorganisation du calendrier a des répercussions directes sur les familles des îles éloignées.
Pour la rentrée 2027, une date inédite a été retenue : le 23 août 2027. Plus tôt qu'à l'accoutumée, cette décision est directement liée à l'organisation des Jeux du Pacifique en 2027 sur le territoire polynésien. Plusieurs établissements scolaires seront mobilisés comme sites sportifs ou d'hébergement pour les délégations participantes. Afin de permettre la restitution de ces locaux après les compétitions et la préparation matérielle de la rentrée, le gouvernement a fixé cette date anticipée.
Pour les familles qui planifient leurs vacances d'été 2027, l'information est importante : les grandes vacances se termineront donc plus tôt que d'habitude. Les projets de séjours longue durée ou de visites de proches en métropole devront être anticipés en conséquence. Retrouvez toutes les dates sur notre page dédiée au calendrier scolaire outre-mer.
C'est le changement le plus structurant du calendrier triennal. À compter de l'année scolaire 2027-2028 :
La semaine de vacances de fin octobre / début novembre — correspondant à la Toussaint en métropole — est supprimée. En contrepartie, une seconde semaine de vacances est ajoutée en février. Le gouvernement justifie ces ajustements par la volonté de "mieux prendre en compte les conditions climatiques et le rythme des élèves" : octobre-novembre correspond en Polynésie à une période de transition vers la saison des pluies, tandis que février, plus frais, est jugé plus propice au repos.
Ces changements ont immédiatement suscité des réactions. Certains parents se sont inquiétés de la diminution de la durée des vacances situées entre la rentrée d'août et les vacances de Noël, qui ne seraient plus que d'une semaine chacune. Cela pourrait avoir pour conséquence d'empêcher certains enfants des îles éloignées de rentrer chez eux pendant des congés écourtés — un sujet particulièrement sensible dans un territoire où les liaisons inter-îles sont coûteuses et contraintes.
À peine l'annonce tombée, une autre préoccupation a émergé dans l'opinion : l'impact de la suppression de la semaine de Toussaint sur la Hawaiki Nui Va'a, la célèbre course de pirogues à six places entre Huahine, Raiatea, Taha'a et Bora Bora. Cette manifestation sportive et culturelle majeure du Pacifique se tient précisément durant cette semaine, à cheval sur les mois d'octobre et de novembre. En 2025, 780 rameurs répartis au sein de 73 équipes — un chiffre record — avaient participé à sa 32e édition.
Selon Rodolphe Apuarii, président de la Fédération tahitienne de va'a, l'organisation de l'événement nécessite une semaine d'amont pour notamment accueillir les équipes dans les établissements scolaires. Si les écoles ne sont pas disponibles à cette période, faute d'être en vacances, les alternatives locales — les paroisses notamment — ne seraient pas en mesure d'absorber un tel volume d'accueil. Sans compter que la mobilisation des jeunes rameurs, de leurs familles et du grand public serait bien plus difficile en dehors des vacances scolaires.
L'association Hawaiki Nui Va'a a indiqué ne pas souhaiter réagir publiquement pour l'heure. Sa présidente attend d'être reçue par la nouvelle ministre de l'Éducation pour discuter d'une décision qu'elle n'avait pas été consultée en amont et qu'elle a découverte en même temps que le grand public, à l'issue du conseil des ministres.
Le gouvernement a tenu à préciser que ce calendrier triennal n'est pas figé. Une phase de suivi est prévue tout au long de 2026-2027 pour évaluer les effets anticipés des évolutions. Les calendriers 2027-2028 et 2028-2029 "pourront être ajustés à l'issue de cette phase de suivi" si les retours des familles, des équipes éducatives et des associations le justifient.
"Ce calendrier constitue une première étape dans l'adaptation des rythmes scolaires aux réalités de la Polynésie française. Il permettra d'engager, dans un cadre sécurisé et concerté, les évolutions nécessaires au bénéfice des élèves", conclut le communiqué du conseil des ministres.
Rien n'est donc encore totalement acté — et le dialogue avec les acteurs concernés, qu'il s'agisse des syndicats enseignants, des associations de parents d'élèves ou des organisateurs d'événements culturels et sportifs, reste ouvert pour les prochains mois.